Thérapie génique utilisée pour traiter l’hémophilie

Un traitement génétique expérimental signifie que les personnes atteintes d’hémophilie B n’ont plus besoin de médicaments, a rapporté BBC News.

Les nouvelles sont basées sur une étude portant sur l’utilisation de la thérapie génique pour traiter l’hémophilie B, une maladie génétique qui empêche le corps de produire une version fonctionnelle d’une protéine appelée facteur IX (FIX), nécessaire à la coagulation sanguine. Il est actuellement traité avec des injections fréquentes de protéine FIX.

Dans cette étude, six personnes atteintes d’hémophilie B sévère ont été injectées avec un virus portant une section d’ADN qui contenait des instructions pour la fabrication de la forme normale de FIX humain. Tous les six avaient des niveaux accrus de FIX dans leur sang après le traitement, et ces niveaux ont continué tout au long de la période de suivi (jusqu’à 16 mois). Quatre des six participants ont pu arrêter leurs injections régulières de la protéine FIX, et les deux autres ont nécessité moins d’injections qu’auparavant. La thérapie a également causé peu d’effets secondaires.

Cette découverte intéressante suggère que la thérapie génique pour l’hémophilie B pourrait être sûre et efficace. Cependant, il devra maintenant être testé chez un plus grand nombre de patients qui sont suivis pendant de longues périodes afin de bien comprendre les avantages et les risques de ce traitement potentiellement puissant.

D’où vient l’histoire?

L’étude a été réalisée par des chercheurs de l’University College London et d’autres instituts de recherche et hôpitaux du Royaume-Uni et des États-Unis. Il a été financé par le Conseil de recherches médicales, l’Institut national de la recherche en santé et d’autres organisations. L’étude a été publiée dans la revue à comité de lecture The New England Journal of Medicine.

Cette histoire a été couverte avec précision par la BBC.

De quel type de recherche s’aggissait-t-il?

Cet essai clinique a testé la thérapie génique pour le traitement de l’hémophilie B, également appelée maladie de Noël. Les personnes atteintes d’hémophilie B ont tendance à saigner excessivement si elles ont une blessure et ont parfois des saignements internes spontanés sans être blessées. Il est causé par des défauts dans un gène sur le chromosome X, qui contient le code de production d’une protéine appelée facteur IX (FIX), nécessaire pour la coagulation du sang. La maladie affecte massivement les mâles car le gène est situé sur le chromosome X. Les hommes ont seulement un chromosome X, alors que les femmes en possèdent deux et, par conséquent, sont beaucoup plus susceptibles d’avoir au moins une copie de travail du gène.

Actuellement, l’hémophilie B est traitée par des injections fréquentes d’une forme concentrée de la protéine FIX. On espère qu’une technique expérimentale appelée thérapie génique pourrait offrir une cure, car elle pourrait potentiellement être utilisée pour fournir au corps une copie normale du gène défectueux. En théorie, cela permettrait au corps de fabriquer sa propre protéine FIX. Même si une petite protéine FIX est fabriquée, ce serait utile car une augmentation des niveaux de FIX à seulement 1% de la normale peut considérablement améliorer les symptômes.

La présente étude était un essai combiné de phase I et de phase II mené comme une série de cas, dans laquelle tous les participants ont reçu une thérapie génique. Les essais de phase I et II sont habituellement de petites études, principalement utilisées pour déterminer quelle dose de traitement est nécessaire et pour évaluer son innocuité.

Dans cette étude particulière, il n’y avait aucun groupe de comparaison qui a reçu un placebo ou un traitement standard. Généralement, avant qu’un traitement puisse être approuvé par les organismes de réglementation, il doit être démontré qu’il est efficace dans un essai de phase III. Les essais de phase III sont des essais contrôlés randomisés sur des groupes plus importants de patients incluant un groupe de contrôle, afin de tester si le nouveau traitement est meilleur que le placebo ou le traitement standard actuel.

Qu’est-ce que la recherche implique?

Les chercheurs ont modifié un virus (appelé virus associé à l’adénovirus 8) de sorte qu’il contenait de l’ADN qui portait les instructions pour la fabrication de FIX humain normal. L’introduction de l’ADN dans un virus de cette manière signifie qu’il peut être injecté à une personne et que le virus va insérer l’ADN dans les cellules. Une fois à l’intérieur de ces cellules, l’ADN peut être utilisé par la machinerie des cellules pour produire une version normale de la protéine de coagulation FIX.

Six hommes présentant un niveau d’activité de l’hémophilie B et FIX inférieur à 1% de la normale ont été inclus dans l’étude. Ils ont reçu une dose unique du virus modifié injecté dans une veine. Le virus cible les cellules hépatiques et y délivre l’ADN, ce qui permet aux cellules du foie de produire la protéine FIX.

Les participants ont été répartis en trois groupes et ont reçu une dose élevée, intermédiaire ou faible de la thérapie génique. Les patients ont ensuite été suivis pendant 6 à 16 mois, et testés pour voir combien de protéines FIX ils produisaient, s’ils pouvaient arrêter leurs injections de protéines FIX, et s’ils montraient des effets secondaires.

Quels ont été les résultats de base?

Les chercheurs ont constaté qu’après un traitement par thérapie génique, les participants présentaient des taux de FIX accrus qui étaient de 2 à 11% des taux normaux. Ces niveaux ont persisté tout au long de la période de suivi (jusqu’à 16 mois). Quatre des six participants pouvaient arrêter d’injecter régulièrement du concentré de protéines FIX sans éprouver de saignement spontané, même s’ils participaient à des activités comme le sport qui avait causé des saignements dans le passé. Les deux autres participants ont pu aller plus longtemps entre les injections de protéines FIX.

Aucun des participants n’a développé une réponse immunitaire à la protéine FIX (leur système immunitaire n’a pas monté d’attaque contre elle). Il y avait une réponse immunitaire contre le virus utilisé pour introduire l’ADN, mais le moment et la force de la réponse immunitaire ont varié entre les participants. Les deux participants qui ont reçu la plus forte dose du virus contenant l’ADN ont eu les réponses les plus fortes. Chez les deux participants, la réponse immunitaire a été traitée avec succès par des stéroïdes.

Comment les chercheurs ont-ils interprété les résultats?

Les chercheurs ont conclu qu’une dose unique de thérapie génique a permis d’obtenir des taux de FIX suffisants pour améliorer les symptômes hémorragiques, avec peu d’effets secondaires. Ils disent que la thérapie génique pourrait potentiellement donner aux personnes présentant des symptômes hémorragiques graves de l’hémophilie B «une forme bénigne de la maladie ou … l’inverser complètement».

Conclusion

Les patients atteints d’hémophilie B ont des défauts dans le gène normalement utilisé pour produire l’importante protéine de coagulation sanguine FIX. Les patients atteints d’hémophilie B sévère ont moins de 1% des taux normaux de la protéine FIX fonctionnelle. La découverte passionnante de cette étude suggère que la thérapie génique pourrait être un moyen sûr et efficace pour augmenter le niveau de FIX dans le corps des patients hémophiles B, dans certains cas, supprimant la nécessité d’injections FIX tout à fait.

Dans cette étude, une production prolongée de protéine FIX fonctionnelle a été observée après l’injection d’une seule dose de virus portant une version normale du gène FIX, et peu d’effets secondaires sont survenus. Cependant, il s’agissait d’une petite étude préliminaire, relativement courte, comptant seulement six participants et aucun groupe de comparaison. Comme les chercheurs l’ont eux-mêmes conclu, le suivi d’un plus grand nombre de patients pendant de plus longues périodes est nécessaire pour définir pleinement les avantages et les risques de cette thérapie, et pour trouver la dose optimale.